Comprendre le blocage politique actuel au #Cambodge

Version pdf : edito2

 

Dans le contexte de blocage politique actuel où les séances de négociation piétinent, il est important d’essayer de voir un peu plus clair les raisons qui poussent le CNRP et le PPC-HUN SEN à ne point avancer dans la recherche des solutions qui pourraient sauver le Pays et la face des deux Partis désignés par le Peuple pour le représenter lors des élections au suffrage universel du 28 Juillet 2013.

 

1 – Premier repère : la genèse du Conflit.

Avant, pendant et après les élections, le Peuple du Cambodge a clairement manifesté et exprimé sa volonté de voir le Cambodge Changer. Les résultats des élections proclamés par la Commission Nationale des Elections, ne reflètent pas les vœux du Peuple. Le PPC, à travers ses Institutions, a orchestré des fraudes et des irrégularités à tous les niveaux des processus électoraux. Le Peuple en a été témoin. Bientôt quatre mois après le 28 Juillet 2013, le Peuple veut toujours connaître la vérité sur ces élections. Cette volonté du Peuple reste intacte. Le CNRP et le PPC-HUN SEN, conscients de cette réalité implacable, ont manifesté leur volonté, dans un communiqué issu de la séance de négociation du 16 Septembre, de réformer les lois et les processus électoraux pour le futur. Le PPC-HUN SEN, a ainsi implicitement reconnu les fraudes et les irrégularités pendant ces élections.

 

2 – Deuxième repère : la Vérité est dangereuse.

Les séances de négociation du 17 Septembre et du 5 Novembre 2013, buttent sur la revendication du CNRP, qui exige qu’avant toute négociation politique sur le partage des responsabilités à l’Assemblée Nationale et au Gouvernement, cette vérité soit rétablie par des enquêtes menées par une Commission Indépendante. Le PPC-HUN SEN n’a pas voulu et a refusé la création de cette Commission d’investigations. Car l’éclatement de la vérité sur les irrégularités orchestrées par le PPC-HUN SEN et sur les fraudes organisées par la Commission Nationale des Elections et approuvées par le Conseil Constitutionnel serait très dommageable au PPC-HUN SEN : il en va de la vie du PPC-HUN SEN, voire même de la disparition du PPC-HUN SEN. Cette vérité ferait découvrir le vrai visage du PPC-HUN SEN au Peuple tout entier. Les dirigeants du PPC-HUN SEN sont bien conscients de la situation et cherchent à tout prix à étouffer l’éclatement de cette vérité au grand jour.

 

3 – Troisième repère : la survie du PPC-HUN SEN

Le PPC-HUN SEN est et sera prêt à tout pour garder le pouvoir, y compris par les moyens les plus abominables et illégaux : le non respect des lois, y compris de la Constitution, la violence, les menaces, les intimidations et les assassinats. Comme prévu, le PPC-HUN SEN , fort de ses troupes amassées dans Phnom Penh et de sa Police, a choisi la voie, encore plus détestable, celle du Coup d’Etat constitutionnel, en forçant le Roi à présider coûte que coûte l’ouverture de l’Assemblée Nationale du 23 Septembre 2013. L’Assemblée ainsi créée n’est et ne sera jamais nationale, puisqu’elle n’est représentée que par les députés du PPC issus des élections contestées. Le Gouvernement de HUN SEN créé par cette Assemblée est illégal, non reconnu par le Peuple. Ce Gouvernement a eu beau présenter le 24 Septembre des politiques de réforme : elles ne sont pour le Peuple que des promesses, les rhétoriques habituelles de HUN SEN, uniquement dans le but de calmer le mécontentement populaire.

 

4 – Quatrième repère : la survie incertaine

Le 28 Juillet 2013, le Peuple a envoyé un message précis et clair au PPC-HUN SEN. Les dirigeants du PPC sont conscients qu’ils n’ont plus d’assise populaire et que le Peuple les déteste. La colère est dans le cœur. Acculés par la détermination du Peuple, ils ont cherché à faire diversion en faisant croire qu’eux aussi ont cherché un compromis politique négocié, tout en cherchant à gagner du temps, espérant que le Gouvernement nouvellement auto-proclamé recevrait ainsi plus de soutien international. Les faits politiques de ces derniers mois ont montré que le PPC-HUN SEN n’a pas réellement voulu négocié et que la plupart des grands pays démocratiques ont toujours exigé des clarifications sur les irrégularités des élections du 28 Juillet 2013.

 

5- Cinquième repère : le PPC ne négocie sur rien

Tout en faisant croire que le PPC-HUN SEN ouvre grande ouverte la porte de la négociation, le PPC-HUN SEN minimise l’ampleur des fraudes et des irrégularités des élections, se cantonne à des positions purement techniques et ne négocie sur rien au delà de ces positions techniques. La séance de négociation du 5 Novembre 2013 en est l’illustration parfaite.

 

6 – Sixième repère : Une partie du Jeu de Go

Une négociation n’a de sens que si les partis concernés acceptent les règles de base du jeu de la négociation, à savoir le respect des revendications des uns et des autres et la volonté d’aboutir à une solution négociée acceptée par tous, permettant ainsi à chaque parti de se sentir gagnant ou perdant sans perdre la face. Dans le contexte actuel de la négociation, le PPC-HUN SEN n’a pas affiché clairement sa volonté de respecter ces deux règles.

La négociation du 17 septembre 2013 n’a pas été réellement une séance de négociation, malgré les propos rassurants de rapprochement tenus par les porte-paroles du PPC et du CNRP. La délégation du PPC-HUN SEN a même menacé les dirigeants du CNRP en pleine séance de négociation.

Quant à la négociation du 5 Novembre 2013, le CNRP et le PPC n’ont pas vraiment négocié. Ils ont simplement discuté pendant 3 heures. L’ordre du jour n’a même pas été discuté préalablement à la négociation. Le PPC-HUN SEN ne voulait traiter que des questions Techniques, alors que le CNRP voulait fixer l’ordre du jour centré sur les questions Politiques. C’était un dialogue de sourd entre le CNRP et le PPC-HUN SEN, une partie de Jeu de Go.

 

7 – Septième repère : forces et faiblesses du PPC-HUN SEN

La force du PPC réside dans l’organisation du Parti autour des chefs de village, des institutions militaro-policières et les administrations établies depuis plus de 34 ans. Le PPC-HUN SEN a perdu son assise populaire lors de ces élections du 28 Juillet. Les OKGNAs, traditionnellement fidèles à HUN SEN, commencent à se méfier et hésitent à engager des capitaux pour investir dans un Cambodge politiquement instable. Au sein même du PPC, le pouvoir de HUN SEN n’est et ne sera plus le même qu’avant les élections du 28 Juillet 2013. Les faucons, SOK AN, CHAM PRASIDH et autres, sont montrés du doigt par les autres factions du PPC. Le pouvoir de HUN SEN est affaibli. HUN SEN ne se montrera plus, comme il en avait l’habitude avant les élections du 28 Juillet 2013, entouré de ses courtisans et OKGNAs, devant un Peuple qui le déteste. Et HUN SEN le sait. Cependant le PPC-HUN SEN a eu le soutient du Roi.

 

8 – Huitième repère : forces et faiblesses du CNRP

La force du CNRP est la force du Peuple. Dans le contexte actuel, Le CNRP et le Peuple sont indissociables. Le CNRP ne peut que compter sur le Peuple et le Peuple ne peut que compter sur le CNRP. Ils n’ont pas d’autre choix. La faiblesse du CNRP réside dans la jeunesse du Parti issu de la fusion du Parti de SAM RAINSY et du Parti de KEM SOKHA. Les Appareils du Parti ne fonctionnent pas encore parfaitement et ils auront besoin de plus de temps pour se perfectionner.

Le courage exprimé par le Peuple pendant la Campagne électorale et pendant les grandes Manifestations a montré que le Peuple est lucide et clairvoyant. Il sait exactement ce qu’il veut et ne veut ni changer de cap, ni reculer. Le Peuple a placé tout son espoir dans le CNRP. Il comprend aussi que le CNRP a besoin de plus de temps pour se structurer et se renforcer dans ses appareils et ses structures internes du Parti. Les dangers qui guettent le CNRP et le Peuple existent réellement : Plus l’Espérance est Grande, plus la Déception est Violente.

 

9Neuvième repère : la position du Roi

Dans ce bras de fer politique, par ses communiqués et ses prises de positions en faveur du PPC-HUN SEN, le Roi n’est plus neutre. Au delà du Roi, l’Histoire jugera la Royauté dans son ensemble.

 

10 – Dixème repère : le conflit est surtout social

Le Régime PPC-HUN SEN est basé sur le clientélisme, le non-respect des lois. Pour satisfaire la cupidité des OKGNAS, des Militaires et de la Police et s’assurer en retour leur fidélité, le PPC-HUN SEN s’appuie sur la corruption et une économie d’exploitation brute, sans apporter aucune valeur ajoutée, des Hommes et des Ressources naturelles jusqu’à leur épuisement et la destruction entière du Pays. Inévitablement cette politique ne peut que provoquer des conflits sociaux. La cocote minute politico-sociale ne peut qu’exploser.

 

Conclusion

Plus le conflit s’intensifie et perdure, plus le fossé se creuse entre le Roi et le Peuple. La dictature de HUN SEN sera impitoyable et la révolte populaire sera inévitable.

Est-ce la seule et dernière alternative possible pour le Peuple du Cambodge?

Cambodge Info